Pour une écologie mémorielle

Depuis plus d'un demi-siècle, les innovations technologiques et les mutations socio-économiques ont entraîné une forme de culte du présent qui n'épargne aucun domaine, de la création artistique à l'action politique. Ce présentisme, parce qu'il ne permet pas à l'individu de s'inscrire dans le long terme, contribue à fragiliser son identité. En effet, déconnecté de ses différentes racines culturelles, «-hors-sol-» pourrait-on dire, il ne connaît plus comme relation au passé que la nostalgie, ce qui ne peut que favoriser les replis identitaires. En outre, le présentisme, en interdisant aux citoyens de se projeter dans l'avenir, les soustrait aux défis sociaux et environnementaux qu'il serait pourtant de leur devoir de relever collectivement.
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Mnémosyne, divinité de la mémoire dans la mythologie grecque (représentée ici par Dante Gabriel Rossetti en 1881), était la mère des neuf Muses.

Rue de la Mémoire se donne par conséquent pour objectif de développer une réflexion personnelle sur les faits et les représentations qui constituent la mémoire, pour faire ensuite émerger des projets collectifs où la diversité des parcours biographiques est reconnue comme une richesse. Dans ce cadre, la mémoire n'a pas pour fonction de figer l'individu dans une série d'appartenances sociales, culturelles ou économiques. Au contraire, elle tend à l'émanciper en faisant de son identité un processus dynamique, une perpétuelle invention de soi à laquelle contribue chaque découverte et chaque rencontre. Une expérience d'exil peut ainsi, par exemple, faire naître de nouvelles racines.

L'écologie mémorielle que rend possible ce travail porte sur-:
  • les relations qu'entretiennent les individus entre eux, dans la mesure où elle favorise des coopérations fondées sur un principe de complémentarité - dans le respect des différences comme dans celui des ressemblances, sans uniformisation ni cloisonnement ;
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Les neurosciences ont démontré les liens qui existent entre le rappel des souvenirs et l'élaboration des projets.
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  • les relations qu'entretiennent les individus et les groupes sociaux avec leur environnement, dans la mesure où tout projet collectif doit s'ancrer dans un territoire lui-même chargé d'histoire(s). Le patrimoine naturel et culturel de son lieu de réalisation, ainsi que les pratiques socio-économiques qui l'ont caractérisées au fil du temps, doivent être pris en considération - et ce non comme un cadre contraignant, mais comme une source d'inspiration ! À titre d'exemples-: des modes de convivialité propres à un quartier ou à un village sont de nature à dynamiser la démocratie participative, de même que des pratiques agricoles adaptées à la terre et au climat locaux sont de nature à enrichir un projet de maraîchage, qu'il soit rural ou urbain.